mardi 22 mai 2007

CMA CGM - Zaha Hadid


Zaha Hadid signe le futur siège social du Groupe CMA CGM

Prix Pritzker 2004, l’architecte anglo-irakienne Zaha Hadid a été retenue pour concevoir le futur siège social du Groupe CMA CGM. Rencontre avec cette architecte de renom qui explique son projet.

ITV publié dans CMA CGM Magazine N°32

Vous avez créé le futur siège du Groupe CMA CGM, que ressentez-vous ?
C’est pour moi un grand privilège d’avoir été choisie par Jacques R. Saadé pour concevoir le futur siège de CMA CGM, premier armateur français de transport en conteneurs et troisième mondial. Pour nous, chaque projet est unique et bénéficie de la plus grande considération de nos équipes, qu’il s’agisse de bâtiments officiels ou de simple prototypes. Ceci étant, le siège de CMA CGM est un projet capital pour notre bureau d’architectes Zaha Hadid.

Y a-t-il une idée, une forme,qui s’impose constamment dans vos créations,un peu comme une signature ?
Depuis les années 60, je m’efforce de créer des constructions au sol qui ne soient pas des barrières. En étudiant la façon dont les bâtiments se fondent dans leur environnement, j’ai eu l’idée de faire du rez-de-chaussée de l’immeuble un espace de continuité avec l’extérieur. De fondre l’espace privé dans l’espace public, comme si c’était une rue ou un parc. Depuis 35 ans, j’explore inlassablement cette inter-pénétrabilité de la jonction critique entre les bâtiments et le sol.

Pouvez-vous expliquer en quoi le design de la tour reflète les activités de CMA CGM ?
En forte croissance sur le marché mondial, le Groupe CMA CGM a su parfaitement s’adapter aux différents marchés locaux tout en conservant sa propre identité. Nous ne pouvions nous permettre de construire un gratte-ciel aux étages identiques, structure trop conventionnelle et trop restrictive pour une organisation multinationale telle que CMA CGM. La superposition simple d’étages que l’on trouve dans une tour de bureau traditionnelle donne lieu à une pauvreté de communication et ne correspond pas aux relations commerciales sophistiquées de ce groupe. La conception de la tour du futur siège CMA CGM se devait d’intégrer des niveaux de complexité qui s’organisent et s’articulent dans l’espace afin de refléter au mieux les relations sociales existant entre tous les salariés du Groupe.

Comment avez-vous réussi à intégrer harmonieusement ce bâtiment dans la ville de Marseille ?
La conception de la nouvelle tour CMA CGM illustre notre volonté d’intégrer cette tour dans un environnement qui soit dans la continuité de l’énergie du tissu urbain. Nous avons beaucoup travaillé pour créer un projet dont la dynamique “verticale” soit le reflet de l’énergie “horizontale” qui se dégage de la rue et de la ville et qui soit adapté aux multiples facettes du Groupe CMA CGM. Le concept unique de cette nouvelle tour de bureaux est le résultat d’études attentives à partir du tissu urbain de Marseille et à partir des besoins de CMA CGM. Le résultat est un immeuble élégant, fluide et sculptural qui s’inscrit intégralement dans la ville. Nous ne pensons jamais une création seulement dans le seul but de créer un bâtiment emblématique. Nous avons créé là une tour asymétrique et différenciée en prise directe avec le milieu environnant qui permet d’abriter une grande variété d’environnements et d’espaces de travail.

La ville de Marseille vous a-t-elle particulièrement influencée pour la création du futur siège du Groupe CMA CGM ?
Marseille est une métropole portuaire cosmopolite qui, au cours des siècles, a subi l’influence de nombreuses cultures. Il était important de conserver ce caractère international pour le futur siège d’une des sociétés internationales les plus respectées de la ville. L’emplacement de la tour, à proximité du port et de l’une des grandes autoroutes qui desservent la ville, a été pour nous l’occasion unique de créer un véritable point de repère qui constitue un trait d’union entre la ville et la mer.
La tour CMA CGM constituera un solide élément vertical en symbiose avec les autres symboles de Marseille: La Major ; la Basilique Notre-Dame de la Garde ; le Fort St-Jean et le Château d’If. En introduisant les éléments horizontaux au niveau des étages inférieurs de la tour, le nouveau siège prend “racine” directe dans le tissu urbain environnant.

Que ressentez-vous en voyant votre conception devenir réalité ?
La réalisation de la tour CMA CGM représente des dizaines d’années d’études de notre bureau sur la typologie des tours. Elle bénéficie aussi des dernières techniques de conception et de construction, que nous suivons de très près. Nous apprécions particulièrement les projets aux ambitions structurelles et je pense que la tour CMA CGM illustre parfaitement l’excellente relation de symbiose qui a existé avec les ingénieurs.

En tant que femme,comment vous-êtes vous fait connaître dans ce “monde d’hommes”?
J’ai quitté Beyrouth au début des années 70 pour suivre des études d’architecture à Londres. Il se peut que ce soit ma personnalité affirmée qui m’ait donné cette soif de réussite, plutôt que le fait d’être une femme, mais j’ai toujours été courageuse. Si j’ai réussi aujourd’hui cela a été au prix d’un très long combat. Je pense que ceci m’a rendue plus forte et plus déterminée – et se reflète peut-être dans mon architecture – mais ce sont les années de dur labeur qui ont mené au succès. “ La tour, véritable point de repère, constitue un trait d’union entre la ville et la mer ”

2 commentaires:

Claude a dit…

je suis allé voir la tour dans son état d'avancement hier soir, en vélo. La lumière était belle.
c'est une oeuvre qui promet d'être remarquable, comme point de repère vertical et par la qualité déjà sensible de sa texture: c'est une construction qui donne envie de la voir terminée.
Une question me semble cependant se poser: la "jonction critique entre la batiment et la sol" dont parle Zaha Hadid dans l'article. La partie basse est enlacée par les passerelles d'autoroutes qui ne laissent que très peu de perspectives pour voir cette base avec un peu de distance, en particulier le surplomb du 10° étage qui est beau et origimal vu par l'ouest.
Il me paraitrait souhaitable de valoriser les points de vue "du sol"; à ce que je sache le noeud d'autoroutes, à ce niveau, n'est pas prêt de disparaitre: c'est dommage

Luigi a dit…

Merci pour votre commentaire très intéressant.
Je partage votre avis à 100% et d'après ce que je sais les passerelles vont disparaître prochainement et la circulation se fera en sous sol à ce niveau là ...
Mais je ne suis pas certain donc je vais me renseigner rapidement et ferai un post de mise à jour.